De la culpabilité d’être enceinte

Au boulot, je travaille en binôme avec une infographiste. Notre chance, c’est de bien nous entendre malgré notre différence de 10 ans. Nous avons les mêmes goûts musicaux et vestimentaires, un look assez similaire, une sensibilité à fleur de peau, des chéris musiciens, et la même envie de faire un bébé. Donc depuis mon arrivée dans l’entreprise, nous en parlions de temps en temps. Que ça ne marchait pas, qu’il fallait se mettre à faire des examens, tout ça.

Sauf que ma copine-collègue elle, ça ne marche pas pour de vrai, science biologique à l’appui. Lorsqu’elle me l’a dit, ça m’a fait mal pour elle, et j’ai tenté de la rassurer, de lui dire qu’elle y arrivera, qu’ils sont très soudés avec son mari, et que nous étions tous là pour la soutenir. Sauf que ça, c’était avant que je tombe enceinte. J’y suis arrivée. Et naturellement. Deux longues années d’attente, mais naturellement tout de même.

J’ai longtemps tourné et retourné la situation dans ma petite tête. Comment lui annoncer ? Car il fallait absolument que je lui dise, par sincérité, par transparence, et par honnêteté. Mais comment ? Ce jour-là, elle a fondu en larmes. Elle m’a détestée. Elle m’a enviée. Et moi j’aurai voulu disparaître. De honte. De culpabilité. Mon corps a finalement accepté que je tombe enceinte, pas le sien. J’ai lu la douleur dans ses yeux, et c’est une image que je n’arrive encore pas à digérer. Pourtant, je sais que j’aurai certainement eu les mêmes sentiments si elle me l’avait annoncé pour elle. Sauf que moi « j’ai le temps ». Plus elle.

Les mois ont passé, je me suis arrondie. Et elle me demande des nouvelles régulièrement. Nous travaillons toujours aussi bien ensemble. Je la sens très protectrice envers moi, elle m’écoute lorsque je ne supporte plus de ne pas vivre dans ma maison, que je ne dors plus car je fais des cauchemars. Elle paraît plus calme, mais son envie de bébé est bien présente, et elle a finalement décidé de se lancer à fond, avec son chéri. Initiative que j’ai salué et applaudi, plus que ravie. Les prochaines semaines et mois vont être ponctuées de rendez-vous, de piqûres, de doutes et de questions. Je lui ai juste rappelé que j’étais là, que je la soutiendrai, qu’elle pourra compter sur moi les jours de fatigue dus aux hormones. « Jusqu’à ton congé mat' » m’a-t-elle précisé. Ce n’était pas une pique, mais mon coeur s’est serré.

Elle est entrée dans le monde de la conception assistée, je suis restée sur le seuil, et je ne peux que lui envoyer toute la force et l’amour du monde pour qu’elle puisse enfin avoir son petit bébé à elle. Courage ma Zazoo. Et à toutes les couples qui traverseront cette épreuve, que je ne peux qu’imaginer longue et éprouvante.

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2 commentaires to “De la culpabilité d’être enceinte”

  1. Un bel article, et on lui souhaite évidemment ainsi qu’à tous les coupes qui traversent ces moments que tout réussisse au mieux pour eux.

  2. Dis-lui que ça peut fonctionner « vite »… J’y suis passée et Poupon a débarqué au 2ème essai! Dans notre malheur, j’estime maintenant qu’on a eu de la chance. Je dis « maintenant » parce que quand tu attends, ça parait tellement long!

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